Les FU4 Corsair

LES FU4 CORSAIR EN

ALGÉRIE, APPUI AÉRIEN AU-DESSUS DES DJEBELS

 

Alors cassons ici un mythe…

Oui la France a eu recours massivement à l’aviation de combat en Algérie dans ce qui s’apparentait alors à une guerre civile, qui n’était pourtant reconnu par l’état que comme une (vaste) opération de maintien de l’ordre et qui finalement fut la plus sanglante guerre d’indépendance de la seconde moitié du vingtième siècle. Parmi tous les aéronefs d’arme employés là-bas le F4U Corsair fait figure d’avion à part.

Certes il n’était pas le plus moderne quand il fit son apparition dans le conflit en décembre 1956, mais il n’était pas plus obsolète non plus que les vieux Republic P-47 Thunderbolt et North American T-6 Texan utilisés alors par l’Armée de l’Air pour des missions d’appui aérien rapproché au profit des troupes terrestres.

Pour transporter bombes, paniers à roquettes, et bidons de napalm il n’était nullement besoin d’avoir des jets ultramodernes.

Mais alors si ces deux types d’avions existaient dans la région pourquoi faire appel à un troisième, qui plus est rattaché à la marine ?

Justement parce que la Marine Nationale avait décidé de déployer régulièrement depuis le mois d’août 1955 ses troupes d’élite, et notamment les commandos de Penfentenyo et Trepel. Ces hommes, aguerris aux missions à haut risque, avaient pour mission de traquer et de capturer les résistants de l’ALN (l’Armée de Libération Nationale) afin de les remettre aux autorités coloniales françaises. Seulement voilà les guerres de clochers entre marins et aviateurs existaient, et l’appui aérien se faisait souvent attendre.

De ce fait quand en décembre 1956 les premiers Vought F4U-7 Corsair font

leur apparition dans le ciel algérien ils provoquent un véritable ouf de soulagement par les commandos de marine. Désormais ils vont posséder leurs propres avions de couverture aérienne. Et c’est là tout le secret du Corsair en Algérie : il n’y a jamais servi comme chasseur ou comme chasseur-bombardier mais uniquement comme avion d’attaque et d’appui aérien rapproché. Très rapproché même si on en croit les témoignages d’anciens pilotes et d’anciens

combattants. Les Corsair étaient en effet en Algérie des champions du vol en radada, que ce soit au-dessus du relief accidenté des djebels ou plus plat du désert saharien.

Il faut savoir que la majorité des F4U-7 Corsair de l’aéronavale servit depuis le sol. C’est depuis la Base Aérienne 211 de Telergma, à une vingtaine de kilomètres au sud de Constantine, dans le nord-est algérien que les avions frappés du hameçon opéraient généralement. Cependant quelques appareils furent employés depuis le pont d’envol du Bois-Bellau, seul porte-avions français ayant fait opérer des Corsair en Algérie.

Le gros des missions des Corsair était donc l’appui aux troupes de marines, commandos mais aussi les hommes de la demi-brigade de fusiliers-marins (ou DBFM) qui assuraient eux des missions dans l’Oranais non loin de la frontière avec le Maroc. Les Corsair opéraient généralement par patrouille de trois ou quatre avions, et les pilotes étaient en liaison radio constante avec le sol. Il n’était pas rare qu’un quadrimoteur de reconnaissance maritime Consolidated PB4Y Privateer assure lui-aussi la mission en tant que poste de commandement aéroporté.

Même si les Corsair ne décollaient jamais en configuration lisse, les quatre canons de 20mm d’ailes de ces avions représentaient une puissance de feu considérable contre les troupes de l’ALN. Il n’était pas rare que l’aéronavale emploie ses F4U-7 pour des missions de nuit à la recherche des katibas, ces formations d’une centaine de combattants algériens qui se déplaçaient à la lueur de la lune. Outre les obus de 20mm dans ces cas là les monomoteurs emportaient des roquettes HVAR de 127mm placées directement sous les ailes ou bien des roquettes Thomson de 68mm en paniers.

Mais pour certaines opérations plus lourdes il arriva que ces avions emportent sous les ailes des bombes lisses de 454kg. Cependant une arme était souvent employée : le bidon de napalm. Malgré une certaine opposition dans l’opinion publique française ces armes à très haut pouvoir incendiaire furent employés pour bombarder et détruire des caches de résistants de l’ALN et du FLN (Front de Libération Nationale ) notamment dans les zones difficiles d’accès des djebels, notamment kabyles.

Il est à signaler qu’en 1958 les pilotes de F4U-7 reçurent en plus des AU-1. Cet avion était une version spécifique d’attaque du Corsair, initialement destiné à l‘US Marines Corps et employé d’abord en Corée puis en Indochine. Une soixantaine d’avions fut cédée à l’aéronavale par l’US Navy dont certains étaient des avions rétrocédés justement après l’Indochine. Le Vought AU-1 était notamment spécialisé dans l’attaque à basse altitude et le bombardement en ressource.

Finalement les Corsair ont quitté l’Algérie peu de temps après les accords de cessez-le-feu signés à Évian le 18 mars 1962. Ainsi se terminait la très sanglante guerre d’indépendance de l’Algérie et par la même occasion l’action armée des Corsair sous la cocarde à hameçon. Deux ans plus tard la Marine

Nationale réformait ses derniers AU-1 et F4U-7. Le rôle tenu à cette époque par les Corsair est celui aujourd’hui dévolu aux hélicoptères de combat et aux drones d’appui aérien.

 

Corsair

 

SOURCES: Avions de légende : Encyclopédie de l'aviation militaire et actualités de l'aéronautique de défense. En savoir plus sur. http://www.avionslegendaires.net/#LSZI4djkdCFSz8Yi.99

Dodo ajoute:

 

Contrairement à ce qui est dit dans l'article ci-dessus,

<<Le Bois-Bellau, seul porte-avions français ayant fait opérer des Corsair en Algérie >> C'est une erreur….

En 1963 Le Porte Avions Arromanches a aussi fait opérer des Corsair en Algérie. Ayant été embarqué sur ce PA à cette époque, j'étais affecté à la compagnie de sécurité comme QM mécano, plongeur de bord.

Nous avons souvent fait apponter et catapulter des Corsair (ainsi que bien d'autres modèles d'avions et d'hélicoptères)

D'autre part nous avons aussi, et souvent déposé à terre de nombreux

commandos marines, pour des missions inconnues …..

En 1964 l'Arromanches fut désigné pour récupérer des tonnes de matériels, d'outillages, de pièces détachées et de moteurs abandonnés sur la base Aéronavale de Bizerte. Après appareillage, tout ce tonnage de "ferraille" fut immergé au large de la Tunisie. Par la même occasion, nous récupérions des centaines de tonnes de carburant avion en vidant les réservoirs de cette base avant de l'abandonner aux autorités tunisiennes .

 

 

Corsair 2

 

 

 

 

 

 

Commentaires (4)

francois
Voila un avion qui a bien marqué son passage dans la marine nationale ! et qui a bien aidé nos matafs en guerre. Mon papa était sur le bois Bellau en 55 !.....
Super dodo tes infos sur l'appui aérien du djebels
dodo
  • 2. dodo | 19/02/2016
J'ai vu le Bois Bellau dans ces années là : 55. Il était en croisière noire le long des côtes de l'AEF. Quand il a fait escale à Pointe Noire, j'ai pu le voir au quai G. Je dois dire que ce n'était vraiment pas un beau bateau, avec toutes ces superstructures noirâtres accrochées à la coque par ces drôles de poteaux métalliques comme la tour Effeil. J'ai plutôt bien aimé son escorteur .
Flappy
Cet avion a fait la gloire des "Ricains" pendant la guerre du PacifiqueMerci Dodo
ourex
  • 4. ourex | 21/02/2016
Dans tous les cas, merci à vous pour ces infos sur la guerre d' Algérie et l' Aéro!
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