Sur tous les Océans (1939-1943)

 

Les pertes de la Marine militaire Française pendant la guerre 1914-1918



 Depuis le début des hostilités jusqu’au 31 décembre 1918, la marine militaire française a perdu 166 navires, dont 117 par actes de guerre  et 49 à la suite d’abordages, échouages, etc…

La première série comprend :
4 cuirassés d’escadre 
Bouvet, Suffren, Gaulois, Danton
4 croiseurs cuirassés           
Léon Gambetta, Amiral-Charner, Kléber, Dupetit-Thouars
1 croiseur protégé              
Châteaurenault
10 torpilleurs d’escadre        
Casabianca, Cassini, Mousquet, Dague, Branlebas, Renaudin,      
                                                 Fourche, Etendard, Boutefeu, Doxa (celui Grec mais armé par 
                                                 Un équipage français)
3 torpilleurs de défense mobile
N° 379, 300, 317
10 sous-marins
Saphir, Joule, Mariotte, Fresnel, Monge, Foucault, Ariane, Diane, Bernouilli, Circé
2 canonnières
Zélée, Surprise
1 sloop
Rigel
1 transport
Drôme
6 croiseurs auxiliaires
Provence II, Gallia, Burdigala, Italia, Golo II, Santa-Anna
48 patrouilleurs et dragueurs
Marie, Indien, Saint-Pierre, Saint-André III, Alose, José-Maria, Maumusson, Au-Revoir, Ginette, Estafette, Saint-Corentin, Saint-Jacques, Saint-LouisIV, Fantasque, Montaigne, Noella, Blanc-nez, Saint-hubert, VénusII, Elisabeth, Hyacinte, Yvonne, Tapir, Amérique, Saint-LouisIII, Keryado, Caméléon, Anjou, Jules, Jupiter, Espérance, StellaII, Renard, Phoebus, Tubéreuse, ParisII, Jeanne-d’ArcVII, Goéland II, Kerbihan, Corse, Eléphant, Alexandre, Utrecht, Madeleine III, Salambo, Marie-Frédéric, Carpe, Pavot, Caudan
26 navires réquisitionnés affrétés comme ravitailleurs et transports
Carthage, Yunnam, Amiral-Hamelin, France III, Ville de Rouen, Algérie III, Memphis, Jean-Bart II, Sinaï, Provincia, Dahra, Mira, Portugal, Drôme, Edouard-Corbières, Sainte-Marguerite, Ravitailleur, Berthe, Socoa, Yser, Saint-Marc, Antonie, Bacchus, Sylvie, Amiral-Magon, Athos
1 navire de sauvetage
Berthilde

Parmi ces navires, 41 ont sauté sur des mines, 58 ont été torpillés par des sous-marins, 1 a été coulé par bombe d’avion (Le sous-marin Foucault) ; les autres ont sombrés à la suite de combats au canon.

La deuxième série, celle des navires perdus par accidents de mer, comprend

6 torpilleurs d’escadre
Fantassin, Yatagan, Faulx, Catapulte, Carabinier, Carabine
5 torpilleurs de défense mobile
N° 347, 348, 251, 351, 333
2 sous-marins
Prairial, Floréal
2 canonnières fluviales
B, F
3 vedettes
V 21, V 23, V 37
4 chasseurs de sous-marins
Bambalou, C3, C141, C139
25 patrouilleurs et dragueurs
Iles-Chausey, ProvidenceI, Lorraine III, Buse, Printemps, Jeanne I, Hirondelle IV,  Corne, Poitou, Soubarbe, Merle I, Engageant, Chouque, Sardine, Gazelle, Alcion III, Carpe, Perdreau II, Gloire-de-Marie, Canada II, Atlas, Rochelais, Inkermann, Cerisoles, Saint-Pierre III
2 navires réquisitionnés
Moghrab, Djurjura

D’autre part les navires suivants, avariés par obus, torpilles ou mines, ont pu être réparés

3 cuirassés d’escadre
Jean-Bart, Voltaire, Démocratie
1 cuirassé garde-côtes
Requin
8 torpilleurs d’escadre
Intrépide, Bouclier, Capitaine-Mehl, Obusier, Francis-Garnier, Oriflamme, Casque, Commandant-Rivière
1 torpilleur de défense mobile
N° 321
6 patrouilleurs et dragueurs
Augustin-Normand, Jeanne-Geneviève, Marguerite IV, Baron-Léopold –Davilliers, Rouen, Auvergne
1 chasseur de sous-marins
C2
Enfin, deux sous-marins capturés par l’ennemi lui ont été repris à l’armistice
Curie, Turquoise

Depuis le 31 décembre 1918, deux navires se sont perdus
Le torpilleur « 325 » et le dragueur « Pervenche »
Le cuirassé d’escadre « Mirabeau » s’est échoué ; On travaille à le renflouer.

Le nombre des morts dans le personnel de la marine militaire française, du 2 août 1914 au 31 décembre 1918, est de 10.896, dont 356 officiers, y compris ceux qui ont été tués sur le front des armés et sont portés sur les listes du ministère de la guerre.
Les disparitions de marins en mer s’élèvent à 4754, dont 203 officiers ; elles sont comprises dans les chiffres ci-dessus énoncés.

 

 

Etat des marines belligérantes en 1939

Marine Allemande:

Sévèrement traitée à Versailles  par l’Angleterre, la marine du Reich d’après guerre n’avait eu le droit de construire que 6 croiseurs légers de 6.000 tonnes, 3 b^timents « cuirassés » de 10.000 tonnes, du type « Deutscland », et 12 torpilleurs.
Favorisé par l’accord naval anglo-allemand du mois de juin 1935, le gouvernement national-socialiste s’était bientôt libéré des chaines du « Diktat », et avait aussitôt entrepris la constitution d’un corps de bataille moderne, avec :

Le  « Scharnhorst «  et le « Gneisenau », de 26.000 tonnes, armés de neuf pièces de 280 mm,
Le  « Bismarck » et le « Tirpitz », de 35.000 tonnes, lancés le 14 février et le1 avril 1939, dotés de huit canons de 380 mm.
2 porte-avions de19.250 tonnes,
4 croiseurs « lourds » de 10.000 tonnes, munis de huit canons de 203 mm
2 croiseurs de 7.000 tonnes

C’est surtout sur les bâtiments légers de surface et sous-marins que la marine-leitung du Reich fit peser ses efforts.
Le programme  de 1934-1935 comporta seize grands torpilleurs de 1.625 tonnes, celui de 1936-1937, quatorze de 1.811 tonnes, celui de 1938-1939, sept autres unités, sans parler de douze petits torpilleurs de 800 tonnes du type « Moewe », dont sept étaient lancés dès le 1 janvier 1939.

Quand aux sous-marins, l’Allemagne en possédait à cette date, soixante et onze, pour la plupart de faible tonnage ;

32 de 250 tonnes
10 de 500 tonnes
14 de 517 tonnes
2 de 712 tonnes
13 de 740 tonnes

Nous verrons que cet effectif a été considérablement accru au cours même de la lutte.

 

 

                        

La Marine Italienne :


La marine allemande, après l’entrée en guerre de l’Italie, s’adjoignit une force navale redoutable, pour la plus grande partie  moderne et dotée des derniers perfectionnements techniques. La marine italienne comptait au début de son intervention : 4 bâtiments de ligne anciens, mais refondus : « Conte di Cavour », « Giulia Cesare »,  « Caio Duilio », « Andrea Doria », de23.622 tonnes, d’une vitesse de 27 nœuds, armés de 10 canons de 320 mm, et deux des quatre bâtiments de ligne projetés de 35.000 tonnes : « Littorio », « Vittorio Veneto », que doivent suivre l’ « Impero «  et le « Roma », armés de 9 pièces de 381 mm et de 12 de 152 mm.
Ses forces légères consistaient en ; sept grands croiseurs de 10.000 tonnes : « Trento », « Trieste », « Zara », « Fiume »,  « Gorizia », « Pola », et « Bolzano », porteurs de huit pièces de 203 mm
Quinze croiseurs légers dont les déplacements s’échelonnaient entre 2.900 et7.874 tonnes
Douze « Explorateurs », de 3.500 tonnes, dont quelques uns seulement ont été entrepris
Soixante quatorze contre- torpilleurs, de 845 à1.729 tonnes
Cinquante-neuf torpilleurs de 628 à 679 tonnes.
Sa flotte sous-marine était nombreuse, puisqu’elle comprenait :
Huit unités de « grande croisière » de plus de 1.300 tonnes en surface.
Vingt-neuf de « moyenne croisière » de 770 à 1.026 tonnes.
Cinquante- trois de «  petite croisière », la plupart déplaçant plus de 600 tonnes
Six sous-marins mouilleurs de mines, outre un effectif important de petits bâtiments : mouilleurs de mines, canonnières, vedettes rapides à moteurs.

 

 La marine anglaise :

De toutes les marines d’après guerre, la marine britannique eut été celle qui avait consenti les réductions les plus dangereuses, pour la sécurité de l’empire, son corps de bataille fût devenu bien inférieur à celui que commandait l’amiral Jellicoe à la bataille du Jutland.

La flotte anglaise semblait encore redoutable par sa masse cuirassée, de quinze bâtiments de  ligne.
Elle comptait deux escadres de cinq navires puissants, anciens, mais refondus (Cinq « Ramillies, cinq Queen Elisabeth) ; mais ils étaient trop lents, mal protégés, et dataient de 1913 à 1916.
Les deux cuirassés britanniques d’après guerre étaient le « Nelson » et le « Rodney », en 1939, les plus redoutables navires du monde, car ils étaient dotés d’une artillerie principale de neuf pièces de 406 mm, mais ils ne filaient que 23 nœuds et demi.
Les seuls bâtiments rapides  de la flotte britannique étaient les croiseurs de bataille « Renown », « Repulse » et « Hood ».
Les deux premiers, lancés en 1916, transformés de 1932 à 1939, déplaçaient 32.000 tonnes, filaient 31 nœuds.
Le « Hood », le plus grand bâtiment de guerre de l’univers, atteignait 42.100 tonnes.

Les quinze unités cuirassés devaient être renforcées par l’entrée en service de cinq unités de 35.000 tonnes, du type « Prince of Wales », suivies de quatre autres de plus de 35.000 tonnes, figurant aux programmes de 1938-1939 et 1939-1940.
La marine britannique possédait, en croiseurs, un tonnage global de 284.965 tonnes, quinze croiseurs lourds et quarante-six croiseurs légers.
Comme torpilleurs, seize grands destroyers , cent-cinquante-neuf torpilleurs et conducteurs de flottille, soit près de 200.000 toonnes.

Le programme de 1939 comportait vingt escorteurs, un nombre considérable de chalutiers armés, de patrouilleurs et de dragueurs, de vedettes de chasse lance-torpilles
La grande originalité et supériorité de la flotte britannique consistait en sept porte-avions (137.950 tonnes), auxquels devaient s’ajouter quatre nouveaux, de 23.000 tonnes, des types « Illustrious » et « Formidable ».
Enfin, l’armement de nombreux bâtiments de commerce, l’instruction des officiers  et des équipages marchands, en vue de la guerre anti-sous-marine, avaient fait l’objet de minutieux préparatifs de la part de l’amirauté.

 

 

La marine française :

La marine française  complétait heureusement la britannique, assez pauvre en grands destroyers rapides, et qui ne possédait aucune série comparable à celle des trente-deux contre-torpilleurs français, dont plusieurs dépassaient la vitesse maxima de 45 nœuds et atteignaient le déplacement de 3.000 tonnes.
Après s’être, pendant de longues années, opposée au développement de la flotte sous-marine française, l’Amirauté de Londres n’était, sans doute, pas fâchée du concours que lui apportait sa magnifique collection de sous-marins de première classe ( trente-neuf, avec plus de 50.000 tonnes) et de seconde classe (trente unités, avec  17.048 tonnes).

Comme l’Italie, la France disposait de sept croiseurs de 10.000 tonnes : « Duquesne », « Tourville », « Suffren », « Colbert », « Foch », « Dupleix », « Algérie »
Elle possédait onze croiseurs de seconde classe, récents, avec un tonnage atteignant presque 80.000 tonnes.
Mais le gros de sa flotte n’avait pas encore été normalement développé.
A cinq cuirassés anciens, insuffisamment modernisés, s’ajoutaient, pourtant, deux beaux bâtiments de ligne de 26.500 tonnes :le « Dunkerque » et le « Strasbourg ».
Deux autres, de 35.000tonnes, le « Richelieu » et le « Jean Bart », étaient en état avancé d’achèvement.
C’était donc un appoint considérable que la France apportait à son alliée, pour le maintien de sa maitrise de la mer

 

 

L’Enjeu :

La stratégie adoptée, dès le début de la guerre , par la marine allemande, ne permit pas à la supériorité anglo-française son rendement maximum.
Elle ffu la continuation presque textuelle de celle qu’avait prescrite, dès le 17 janvier 1917, le chef  des sous-marins aux commandants qu’il avait réunis autour de lui  par ordre du Kaiser.

« Notre objectif, disait-il à ce moment, est d’isoler l’Angleterre du trafic par mer, et non d’obtenir des résultats problématiques  dans les parages éloignés…
On devra donc, autant que possible, se tenir près des côtes anglaises… »

L’Allemagne chercha, en effet, avant tout, à opposer au blocus britannique un contre- blocus et à mener contre le trafic adverse une guerre impitoyable.

Sous l’impulsion d’un chef énergique et cultivé, le grand amiral Raeder, la marine allemande se borna tout d’abord, à mesurer ce qu’elle appela la « petite guerre ».

Quand à ses adversoures, ils avaient compris, dès le début, qu’ils n’avaient aucune chance de provoquer au combat, au large de la baie alllemande, une flotte de haut bord si inférieure à la leur.
C’est par un blocus, infiniment plus strict qu’en 1914-1918, qu’ils prétendaient réduire le Reich à merci.

Dès le lendemain de la déclaration de guerre, les gouvernements britanniques et français avaient publié une liste de contrebande, détaillée, ou figuraient un grand nombre de matières premières et de denrées de toute nature, pouvant permettre à l’Allemagne de poursuivre la guerre.
Des bases de contrôle furent créées sur un certain nombre de points des côtes anglaises ou françaises.
Aucun navire, de quelque nationalité qu’il fût, ne put se diriger sur un port ennemi ou même neutre, sans avoir été visité.
Les cargaisons retenues furent soumises à des tribunaux de prise, vieille institution de la monarchie française, qui avait été rénovée en 1914-1918, et avait très correctement fonctionné, avec un appareil juridique offrant toutes les garanties d’impartialité et de justice.

Le 9 septembre 1939, la Grande-Bretagne avait institué le ministère de la guerre économique ; la France l’imita avec le ministère du blocus.
La guerre navale s’est donc, dès le début, circonscrite autour du trafic et de la navigation de commerce.
Les flottes de combat, elles mêmes dispersées sur toutes les mers, ne se sont plus affrontées en importantes batailles d’escadres.
C’est pour les routes maritimes, pour des armes , des vivres, et des matières premières, que, sur tous les points du globe, les hommes des marines en guerre se sont combattus.

 

 

La guérilla

Les mines:

Cette guerre sur mer revêtit, dès son début, un caractère de totalité et d’acharnement que n’avait pas aussitôt connu la précédente.
« Jusqu’ici, écrivait par exemple, au début de février 1940, la  Deutsche Allgemeine Zeitung, seuls, ont été traités en ennemis les navires naviguant dans un convoi ennemi ; maintenant, l’Allemagne réclame le droit d’appliquer le même traitement à la navigation neutre dans les eaux territoriales d’un pays ennemi, par mines ou torpilles, et sans avertissement.

A la prétention britannique d’isoler le Reich, celui-ci opposait la volonté de couper la Grande Bretagne du reste du monde, de ses sources d’approvisionnement et de renforts.

Les deux camps commencèrent par se verrouiller soigneusement.
Ils s’entourèrent de solides ceintures de mines.
La mine avait déjà révélé sa redoutable efficacité pendant les opérations navales de 1914 à 1918.
Trois cent mille de ses engins avaient été mouillés, entrainant la perte de plus d’un million de tonnes de toute nationalité..
Les Allemands, qui ,sur terre, affirmèrent, dès 1939, leur esprit novateur par l’emploi généralisé du char de combat et de l’avion, ne se contentèrent plus, sur mer, de leur excellente mine ovoïde E ( initiale du mot Ei, œuf), trop facile, pensaient-ils, à draguer ; ils avaient secrètement mis au point un engin doté d’un dispositif magnétique de mise à feu déterminant automatiquement l’explosion, au moment du passage de la masse de fer d’un navire dans son champ d’action.
Ils le confièrent non plus seulement à des sous-marins, équipés pour ce genre de mouillage, mais, aussi, à des hydravions, envoyés par nuit claire à la surface de l’eau, où ils les lâchaient d’une faible altitude avec l’aide de parachutes spéciaux.

Tandis que l’amirauté de Berlin fermait ainsi la baie allemande et les entrées de laBaltique, l’anglaise protégeait toute le côte orientale de la Grande Bretagne, depuis l’Ecosse, jusqu’à l’embouchure de la Tamise, par un barrage d’une trentaine de milles de largeur.
Il avait pour but de canaliser la navigation, aboutissant aux estuaires et aux zones focales du trafic, sur des chenaux protégés par les ouvrages de défense côtière, par les batteries fixes, comme par des escadrilles aéronavales de patrouille de la chasse.

 

 

Les sous-marins :

La marine allemande résolument offensive, lança ses sous-marins à l’attaque des convois, mais ils furent, cette fois, éclairés et soutenus par de grands hydravions multiplaces, à vaste rayon d’action, partis des bases de Sylt et de Borkum.

Ils lancèrent aussi, dès le début, des attaques contre les repaires, où,  comme en 1914-1918, le grand fleet était restée tapie, au Firth of Forth, aux Shetlands.

C’est ainsi que, le 14 octobre 1939, un sous-marin allemand réusit, avec une audace rara, à se glisser dans la rade, où,  comme pendant la dernière guerre, était mouillée, à Scapa Flow, une bonne partie de la grande flotte anglaise, et a couler un vieux cuirassé de la classe des cinq « Royal Sovereign », le « Royal Oak », construit en 1914 mais refondu en 1934-1936.
D’un déplacement de29.150 tonnes, il était bien armé de huit canons de 381 mm et avait un équipage de 1200 hommes, sur lesquels 800 périrent.

De son côté, la marine britannique envoyait ses sous-marins jusque dans les parages les mieux défendus de l’adversaire, au fond même du fameux triangle humide de la baie d’Heligoland ou le long des côtes scandinaves.
L’un d’eux avait, dans le courant de septembre 1939, aperçu, au large de la Norvège, le grand transatlantique « Bremen ».
Celui-ci avait mystérieusement quitté le port de New York, et, par une marche hardie, à toute vitesse, vers les parages nordiques, était parvenu jusqu’aux rivages de Scandinavie, puis, de là, jusqu’au port soviétique de Mourmansk.
Le « Bremen », hargé de passagers, fut épargné, mais son convoyeur, un sous-marin, fut, parait-il, coulé.

Un croiseur de 6.000 tonnes, le « Koln », fut frappé à l’embouchure de l’Elbe.

 

Les  corsaires :

 

En 1914, l’amirauté allemande avait, aussitôt, fait appareiller de sa base de Tsing-Tao l’escadre de l’amiral von Spee, lancée à la chasse de la navigation adverse  dans le Pacifique.

Cette course, menée par une escadre entière , ne fut reprise, dans la lutte actuelle, que dans des proportions bien plus modestes.

Il est probable que l’Amiral Raeder, qui avait étudié à fond la guerre des croiseurs, n’avait pas très vive confiance dans le grand bâtiment de surface en escadre ou isolé, en ce rôle de corsaire.

Ce n’est, en effet, que plusieurs mois après le début des hostilités qu’il se décida à envoyer sur les mers lointaines un de ses trois cuirassés de poche, l’ »Admiral Graf Spee », de 10.000 tonnes, doté d’une vitesse de 28 nœuds, d’un vaste rayon d’action, 10.000 milles à 20 nœuds,  porteur de six canons de 280 mm, tirant jusqu’à trente kilomètres.

Ce corsaire avait, du 30 septembre au 15 décembre 1939, parcouru un immense itinéraire à travers l’Atlantique sud.

Parti de Persambouc, il avait franchi l’océan, presque en ligne droite, au nord de Sainte Hélène.

Il avait coulé, à la fin de novembre, et au début de décembre, une douzaine de cargos sur la  côte occidentale de l’Afrique du Sud, avait doublé le Cap de Bonne Espérance et s’était avancé jusqu’à l’entrée méridionale du canal de Mozambique pour ne surprendre que deux petits vapeurs à la hauteur de Lourenco-Marques.

Il retraversa l’Atlantique Sud, selon une route à peu près parallèle à la première, mais passant cette fois, au sud de Sainte-Hélène, et parvin au large du Rio de la Plata, le 13 décembre.

 

Il fut alors aperçu par trois croiseurs légers britanniques, armés seulement de pièces de 152 et203 mm, « l’Exeter », « l’Ajax » et « l’Achilles »,déplaçant respectivement 8.390, 6.985 et 7.030 tonnes.

Le cuirassé de poche allemand ne parvint pas à se débarrasser de « l’Exeter »   avant que « l’Ajax » et « l’Achilles » eussent réussi à se rapprocher de lui, à bonne portée de leurs canons de 152 mm, à peu près 12.000 mètres.

Il ne put résister à l’attaque simultanée de ses adversaires, qui, malgré l’infériorité de leur calibre, et leur manque  relatif de protection, arrivèrent à le frapper d’une soixantaine de coups, à pratiquer quatre brèches dans la tour de commandement, diminuant, ainsi, grandement ses facultés de manœuvre.

 

Le « Spee » se replia dans les eaux territoriales uruguayennes.

A la faveur du délai de 72 heures qui leur avait été accordé, les Allemands essayèrent de procéder aux réparations les plus urgentes.

Le dimanche 27 décembre, plus de 700 marins quittèrent le croiseur et passèrent à bord du « Tacoma ».

A 18 heures, un grand pavillon en tête du mât, le bâtiment sortit de l’estuaire et s’arrêta à environ cinq milles de l’entrée.

Le beau navire se saborda ; on entendit de terre la première explosion exactement au coucher du soleil.

Le commandant Langsdorff, qui avait traité les équipages des navires détruits avec courtoisie, avait eu l’intention de regagner l’Allemagne pour la Noel.

Il ne s’était pas attendu à la présence de trois croiseurs britannique dans la zône de la Plata.

 

 

La Course à partir des ports français:

 

Plusieurs mois s’écoulèrent avant le départ d’un autre cuirassé de poche, « l’Admiral Scheer, le 5 septembre 1940.

Sa vaste autonomie lui permit de s’avancer très loin dans l’Atlantique, et, au sud de Terre-Neuve, d’attaquer un des nombreux convois, de trente cargos, escortés imprudemment d’un seul croiseur auxiliaire, le « Jervis Bay », qu’il coula, ainsi que six bâtimentsde commerce.

« L’Admiral Scheer »poursuivit sa croisière jusqu’en février 1941 et rentra à Brest, devenue base essentielle du Reich.

L’amirauté allemande lança alors, dans l’Atlantique, « l’Admira lHipper », croiseur lourd de 10.000 tonnes, armé de canons de 203 mm, puis le troisième cuirassé de poche, le « Lützow » ( ex « Deutschland » ).

 

A mesure que l’adversaire renforça la position de ses convois, la Marine-Leitung accrut l’importance de ses moyens défensifs, et ne craignit pas de recourir à de véritables bâtiments de ligne, de 26.000 tonnes, le « Scharnhorst » et le « Gneisenau », dénomés par les Allemands navires de bataille (Schlachtschiffe).

Leur coque effilée, de deux cent vingt-six mètres de longueur, leur puissance de 150.000chevaux qui leur permettaient une vitesse maximum de 32 nœuds, jointe à un armement relativement léger, puisque les neuf pièces d’artillerie principale ne dépassaient pas le calibre de 280 mm, en faisaient, en réalité, de redoutables super-corsaires ; ces croiseurs de bataille tout récents (en service depuis 1938-1939) étaient, en outre, infiniment mieux à l’abri qu’un « Spee » contre les attaques éventuelles de croiseurs légers.

 

Aussi rentèrent-ils à Brest après quelques croisières véritablement triomphales.

L’Amirauté britannique dut doubler, par de grands cuirassés, la protection de ses convois et condamner au rôle de modestes escorteurs des géants comme le « Nelson » et le  « Rodney

Le « Bismarck » la Chasse 

 

En mai 1941, l’amiral Raeder renouvela l’expérience avec l’un de ses deux seuls cuirassés de 35.000 tonnes tout récemment entrés en service (début 1939), le « Bismarck ».

Il le fit accompagner par un magnifique croiseurt lourd tout neuf de 10.000 tonnes, le « Prinz Eugen ».

Cette fois la tentative tourna mal, et ce fut l’occasion d’une des rencontres en haute mer les plus dramatiques de la guerre navale actuelle, le duel entre le « Bismarck » et le « Hood ».

 

L’amiral allemand Luetjens, qui commandait cette division, basée à Bergen, avait décidé de se porter dans les parages du Groenland et de l’Islande, pour y détruire les convois de ravitaillement britanniques, qui cherchaient, grâce à cette route très septentrionale, à éviter les coups des  sous-marins et des avions du Reich.

Les navires avaient quitté le port norvégien dans la nuit du 22 au 23 mai.

Pour ne pas avoir à traverser le barrage du blocus britannique tendu entre les Shetlands et l’Islande, qui s’appuyait sur les Orcades et les Féroe, il s’était engagé dans le canal de Danemark qui sépare le Groenland de l’Islande, et avait mis le cap au sud-ouest.

Les avions de la RAF briatannique, qui faisaient autour du « Marseille » norvégien leur tournée de surveillance habituelle, n’avaient pas tardé à signaler l’absence de deux navires allemands.

 

Deux croiseurs légers, le « Norfolk » et le « Suffolk », furent, aussitôt, lancés à leur découverte.

Au moment ou le « Bismarck » et son camarade de combat abordaient le canal de Danemark par le nord-ouest, la division britannique y rencontrait par le sud-ouest.

Entre deux grains, les vigies du « Norfolk » et du « Suffolk » les reconnurent, à dix kilomètres de distance, le 23 mai, dans la matinée, et réussirent à maintenir le contact avec eux, en dépit de sérieuse difficultés de visibilité, causées par des tempêtes de neige, par la pluie et le brouillard.

 

En même temps, deux des trois seuls navires de ligne qui pouvaient être alors opposés au « Bismarck » ; le « Hood », de 42.100 tonnes, de 31 nœuds de vitesse, et le « Prince of Wales », de 35.000 tonnes, filant 28 à 30 nœuds, frère du »King George V » ( ils venaient tous deux de rentrer en service), furent chargés d’intercepter le raid allemand

 

« Bismarck », La rencontre

 

La rencontre eut lieu, à l’aube du 24 mai, entre Islande et Groenland.

Le « Bismarck » avait à peine eu en cinq minutes, le temps de lancer sur le « Hood » quatre-vingts de ses gros obus de 380 mm qu’une salve frappa ce dernier, sans doute, dans les soutes à munitions.

Le géant coula corps et bien.

Le « Prince of Wales » fut légèrement avarié, ainsi que le « Bismarck », où l’on put observer un incendie, et, à l’avant, quelques avaries.

Mais aucun des deux grands navires ne paraissait sérieusement blessé.

L’allemand poursuivit sa route, relancé, comme un sanglier, par la meute des chasseurs, « Norfolk », « Suffolk », « Prince of Wales », qui se tenaient à distance respectueuse, en attendant l’arrivée de renforts.

Un obus dans l’étrave empêchait le « Bismarck » de donner toute sa vitesse, et le mazout, qui fuyait de la brèche, laissait derrière lui une trainée qui ne pouvait échapper aux jumelles des aviateurs.

Le contact fut maintenu toute la journée du 24.

Comme le soir tombait, un avion bombardier du porte-avions « Victorious », dont c’était le premier engagement, signala avoir atteint l’adversaire d’une torpille ; l’amiral Luetjens avait, pourtant, par un brusque changement de route, réussi à dépister la poursuite.

Le cercle ne tarda pas, malgré tout, à se resserrer  autour du « Bismarck ».

 

L’amirauté britannique mettait tout en œuvre pour l’intercepter.

L’amiral Tovey, commandant en chef de la Home fleet , donnait l’ordre au « Rodney » et au « Ramillies », qui escortaient un convoi en Atlantique Nord, de le lâcher pour part  à la battue ; le « King George V » appareillait de sa base, le croiseur de bataille « Renown », le « Sheffield » et, sans doute aussi, le porte-avions « Ark Royal » mettait cap au nord ; l’aviation canadienne devait patrouiller jusqu’à Terre-Neuve ;

 

Tandis que la trace du « Prinz Eugen », que l’amiral Luetjens avait renvoyé pour ne pas l’exposer au risque de la percée qu’il tentait en direction de Brest, était définitivement perdue à cinq-cent cinquante milles à l’ouest de Land’s End, un grand hydravion quadrimoteur du type américain Catalina  repérait le « Bismarck » à mille kilomètres de la pointe occidentale de la Cornouaille.

 

Bismarck : la mise à mort

 

Le 26 mai, à17h30, le « Bismarck eut à subir les attaque combinées de contre-torpilleurs de surface et d’avions torpilleurs de « l’Ark Royal »..

Ces derniers mirent alors deux de leurs engins au but.

Une torpille, frappant l’avant, obligea le « Bismarck à stopper ; il put encore repartir.

Parvenu, vers 21h, à l’ouest de Brest, il recut de nouveau deux torpilles aériennes, dans le gouvernail et les hélices.

On vit le grand navire décrire des cercles à petite allure.

Son artillerie paraissait encore intacte, mais il ne pouvait guerre plus naviguer.

 

La nuit était, enfin, venue.

Le « Bismarck » se traina, à 8 nœuds, à travers la tempête du Golfe de Gascogne, jusqu’à trois cent quatre-vingts milles de notre grand port breton.

Les  contre-torpilleurs « Zulu », « Maori », « Cossack » l’avaient déjà attaqué pendant la nuit.

A l’aube du 27, le bâtiment de combat allemand essuya des obus  de 356 mm du « King George V », de 380 mm du « Ramillies » et du « Renown », de 406 mm du « Rodney ».

L’amiral letjuens, saluant, une dernière fois, son  Führer, voulut vider ses soutes avant de périr et résista encore toute la matinée.

A 11h01, le croiseur « Dorsetshire » acheva le « Bismarck » d’une torpille.

Comme l’avant-veille, le « Hood, il coula à pic, avec l’amiral, mille trois cent trente huit officiers  et hommes d’équipage : un officier et deux marins furent, seuls, sauvés.

 

Ainsi, avaient déjà péri, dans le Pacifique, le 12 décembre 1914, l’amiral comte von Spee et ses marins, selon les plus hautes traditions maritimes.

 

NORVEGE

 

Tourné vers la mer, ce pays aux côtes immenses, bordé de cent cinquante mille îles et îlots, peuplé d’à peine trois millions d’habitants, possédait la sixième marine de commerce du monde ( 4 millions et demi de tonnes)) et une flotte de pêche de plus de cent mille unités, pontées et non pontées.

Son front de mer n’avait pas moins de trois mille quatre cents kilomètres d’extension ; il était ponctué d’admirables ports naturels, orienté à la fois vers le Skagerrak, la mer du Nord, l’Atlantique, l’Arctique.

Mais sa marine de guerre était négligeable.

Elle ne disposait que du seul petit port de Horten, sur le fjord d’Oslo.

Cependant Stavanger, Bergen, Hangesund pouvaient constituer une bonne position de flanquement de toute la zone qui s’étend entre la mer du nord et l’Atlantique.

 

Ce sont, sans doute, ces considérations mais surtout le désir de prévenir un débarquement anglo-français qui ont amené le haut commandement allemand, animé, dit-on, par Adolf Hitler lui-même, à tenter l’offensive  très délicate qui consistait à traverser la mer, en dépit de la supériorité navale de l’adversaire et à conquérir, par une attaque brusquée de chars et d’avions, les points les plus importants du territoire.

L’opération entraina des réactions vives, mais insuffisantes et tardives des forces navales britanniques et françaises Tout le long des côtes, depuis le fjord d’Oslo jusqu’à Narvik.

En dépit de pertes assez sévères, la marine du Reich réussit à forcer les défenses du port d’Oslo, à s’emparer de Horten et de la capitale norvégienne.

Avec une grande audace, les alAllemands firent alors débarquer sur plusieurs points à la fois ; à Christinasand, Stavanger, Bergen, Trondhjem et Narvik, des équipages de guerre camouflés en matelots de cargo transporteurs de minerai.

Les deux petits bâtiments cuirassés norvégien « Norge » et « Eidsvold » furent coulés à Narvik par des torpilleurs allemands.

Une série d’engagements se déroula sur ce nouveau théatre d’opérations, généralement à proximité des côtes norvégiennes.

Pour la première fois, dans cette guerre navale, se fit sentir cruellement pour les marines anglo-français l’action de l’aviation adverse basée à terre.

C’est ainsi que le 9 avril 1940, la flotte britannique, croisant, à l’aube, devant Bergen, fut continuellement assaillie par des avions ennemis ; deux croiseurs furent avariés, le « Rodney » touché par une grosse bombe.

De brefs engagements se déclenchèrent entre grands bâtiments, au milieu de grains et de tempêtes de neige ; dans le nord, le croiseur de bataille anglais « Renown » se heurta au « Scharnhorst » et à un croiseur lourd de la classe « Hipper » ; l’aviation de bombardement allemande attaqua des unités britanniques à la recherche des cuirassés allemands.

 

La bataille de Narvik

 

Le 10 avril, au matin, s’engageait la première bataille de Narvik au fond du sombre fjord que barre, au large, l’archipel de Lofoten.

Une flotte de destroyers britanniques pénétra dans le fjord ; plusieurs torpilleurs furent, de part et d’autre, avariés, des cargos chargés de matériel coulés.

Le 13 avril, le bâtiment de ligne britannique  « Warspite », en service depuis 1915, accompagné d’un nombre important de destroyers, s’avança jusqu’au fond du fjord, où sept torpilleurs allemands occupaient le petit  port.

Quatre furent détruits dans la baie de Narvik, trois autres dans le fjord de Rombahf par l’artillerie principale et secondaire, canons de 381 et 152 mm, du vieux mastodonte, mais plusieurs destroyers britanniques furent mis hors de combat.

 

La marine française joua un rôle important dans cette expédition de Norvège.

Des forces navales, composées surtout de contre- torpilleurs et torpilleurs,  furent concentrées sous les ordres du contre-amiral Derrien, dont la marque était hissée sur le croiseur léger « Emile Bertin ».

Elles comprenaient, en outre, le croiseur de 2ème classe « Montcalm », de 7.600 tonnes, en service depuis décembre 1937, cinq croiseurs auxiliaires, choisis parmi les plus beaux paquebots de nos lignes de Méditerranée ;  «  El Kantara », « El Mansour », « El Djézaïr », « Ville d’Oran », « Ville d’Alger », huit paquebots et onze cargos.

Parallèlement à cette opération, la 8ème division de contre-torpilleurs, composée de « l’Indomptable », du « Malin » , et du « Triomphant » , effectuait un raid sur le Skagerrak.

Les 19 et 20 avril, les troupes françaises, composées  de chasseurs Alpins, qui devaient, quelques jours après, être renforcés par des légionnaires, étaient mises à terre à Namsos pour prendre l’offensive en direction de Trondhjem, en liaison avec des Anglais.

Magnifiques troupes que ces chasseurs et ces blèdards, mais les trois mille Alpins étaient trop lourdement équipés, n’avaient qu’une section de skieurs par bataillon.

En face d’eux, six mille Allemands, commandés par le général Dietl, l’organisateur des jeux olympiques d’’hiver, aguerris, dotés d’un équipement de montagne spécial, longuement expérimenté dans les Alpes autrichiennes.

Les succès décisifs remportés par les Allemands en Norvge du Sud, sur la route au-delà d’Elverum, contraignirent bientôt  le commandement interallié à rembarquer les troupes.

Au cours de tous ces mouvements, les équipages des bâtiments de guerre et de commerce français firent magnifiquement leur devoir, mais ils ne cessèrent d’éprouver les effets terribles d’une aviation adverse bien entrainée, meurtrière.

A l’aller, un torpilleur de 1500 tonnes, escortant un convoi fraco-britanniqe, est, le 13 mai, attaqué sans arrêt entre 6 heures et 8 heures du matin, par des avions allemands.

A quai, des cargos, comme le « Saumur », « l’Amiennois », débarquant leur matériel dans le port de Namsos avec l’aide des soldats de l’armée de terre, essuient, en pleine nuit, des séries fréquentes d’offensives aériennes.

Des entrepôts flambent, des incendies s’allument dans des magasins ; des navires et des hommes sont atteints.

 

Narvik, la fin du « Bison »

 

C’est ainsi que le « Bison », contre-torpilleur, en service depuis dix ans, succomba, dans la mission de rapatriement.

Les croiseurs auxiliaires qu’il escortait avaient appareillé de Scapa Flow dans la soirée du 29 avril.

A la sortie du fjord, avec les troupes à bord, dans la clarté d’une courte nuit nordique,( nous sommes en mai)), le convoi est aperçu dès 5 heures du matin, par le premier avionallemand de reconnaissance.

Quelques heures après, une quarantaine de bombardiers se succèdent.

L’un d’eux fonce sur le croiseur « Montcalm » ; refoulé par laD.C.A., il infléchit sa route vers le « Bison », et lui lâche, en piqué, une bombe qui tombe sur l’avant du bloc passerelle.

Quelques secondes s’écoulent, une flamme élevée jaillit du point de chute ; après une violente explosion, le « Bison disparait dans un nuage de fumée, au-dessus duquelsont projetés, à plus de cinquante mètres, d’énormes débris de ferraille.

La fumée dissipée, on voit encore flotter  l’arrière ; autour des pièces intactes, les servants sont à leur poste ; la D.C.A. continue son tir.

L’incendiegagne les survivants.

Des hommes, noirs de mazout, s’accrochent aux épaves ; la nappe de combustible commence à flamber.

Des baleinières du destroyer britannique « Afridi » y embarquent les rescapés ; mais alors qu’il ralliait le gros de la division, lui aussi est touché par d’autres bombes et sombre.

C’est sous les rafales aériennes que les vaillants alpins et légionnaires quittèrent les fjords de Norvège, ces bras de mer enserrés de rocs tombant à pic dans la mer, et où nos 1.500 tonnes avaient audacieusement pénétré pour bombarder les colonnes ennemies, avec camions et chevaux, ainsi que les pièces d’artillerie légère, ou les mitrailleuse de 13 mm, mises en batterie derrière les petites maisons de planche rouges.

 

 

DUNKERQUE

 

Prélude

 

La vieille cité doit son nom et so origine à une église que, vers le VIIème siècle, saint Eloi aurait fondée dans une bourgade de pêcheurs au milieu des dunes Saint-Gilles ; elle était devenue un des plus grands ports de France, avec ses soixante-quinze hectares de quais conquis sur la mer.

Après avoir été dix fois assiégée au cours des siècles  passés, elle allait, une fois de plus, s’associer, par son sacrifice, à l’histoire de la marine et se couvrir, comme elle, d’une impérissable gloire.

Avec lucidité, le haut commandement naval français avait prévu le rôle que le port de commerce du Nord tiendrait, éventuellement, dans la défense du Pas-de-Calais et de la Manche, puisque c’est à Dunkerque qu’il avait installé le poste de commandement de l’amiral commandant en chef le théâtre d’opérations du front nord, qui s’étendait jusqu’à Brest ; les deux autres étant le théâtre d’opérations de l’Atlantique, dirigé de ce dernier port, et celui de la Méditerranée, avec Toulon et Bizerte.

Le commandement du secteur du Nord, destiné quand fut, si imprudemment décidée l’offensive sur le front belge, à assurer la protection de débarquement des troupes britanniques et le ravitaillement des armée du Nord, avait été confié à des chefs de premier plan : au début de la guerre, à l’amiral Castex, ancien fondateur et directeur du Collège des Hautes Etudes de Défense Nationale, connu, plus encore à l’étranger qu’en France, pour ses puissantes synthèses historiques et stratégiques, puis quand ce dernier avait été écarté de ce poste par la maladie, à l’amiral Abrial, secondé, depuis le 21 mai 1940, par le contre-amiral Platon, gouverneur de la place.

L’amiral Abrial avait éxercé les commandements les plus en vue : celui d’une division de croiseurs de 10.000 tonnes, et, pendant trois années consécutives, celui de la flotte de la Méditerranée.

Toutes les installations matérielles de la place avaient été préparées avec un soin minutieux, dès le temps de paix.

La citadelle, créée par le génie de Vauban, était défendue par de fortes batteries à Bray-Dunes, à Mardyck, à Gravelines, à Zuydcote.

Les écluses du canal du Nord permirent de tendre de vastes inondations.

Les canaux furent transformés par l’amiral Platon en solides lignes de résistance ; les ponts sautèrent et furent garnis d’artillerie.

Le poste de commandement de l’amiral avait été organisé avec une extrème ingéniosité.

Le bastion 3fut aménagé en poste central.

Du béton fut coulé sous les vieux remblais ; les plaques de blindage d’un cuirassé déclassé de la série « Diderot » le renforcèrent aux parties essentielles

Jusqu’à la fin, Dunkerque put ainsi communiquer avec l’amirauté et avec Douvres.

 

Le bombardement

 

Au moment du repli des armées franco-britanniques, avait été constituée une flotille du Pas-de-Calais, au moyen de bâtiments de toutes catégories et de toutes caractéristiques, depuis la « Malle », qui faisait la navette du Pas-de-Calais en temps de paix, jusqu’au yacht de plaisance et au minuscule bateau de pêche.

 

Dans la matinée du 10 mai 1940, une nouvelle se répandit, à terre comme sur les navires : celle de l’offensive en Hollande et en Belgique, du franchissement de leurs frontières par les armées britannique et française.

Mais ce fut bientôt, aussi, celle de leur repli, devant la marée déferlante des divisions cuirassés et tous les essaims furieux d’avions allemands.

La ville, qui était restée relativement calme jusqu’au 18 mai, essuya, ce soir là, entre 22h.15 et 2h.35 du matin, vingt-deux vagues de bombardement aérien.

L’écluse Guillain, l’écluse Trystram restaient indemne, mais le bâtiment des Ponts-et-Chaussées était entouré de profondes excavations.

Les réservoirs de pétrole, à l’ouest du port, projetaient des flammes de trois cents mètres.

Quarante soldats étaient tués à la caserne Guilleminot.

Dans la journée du 20, les bombardements reprirent sur la cité et la rade.

 

Imperturbables, les patrouilleurs continuent d’appareiller, les dragueurs de faire exploser les mines magnétiques que, pourchassés par les tirs de D.C.A. des torpilleurs, les avions ne cessent de mouiller.

Les pièces des navires à quai répondent au concert infernal.

Le torpilleur « l’Adroit » est rentré au port pour se ravitailler en mazout, embarquer des munitions, en vue d’une mission sur l’Escaut. Au moment ou il décolle du quai, une bombe explose à trente mètres de son arrière, deux autres, au pied du grand phare.

Vers minuit, une forme sombre, escortée par les torpilleurs « Cyclone », « Siroco », « Mistral », se glisse hors des bassins.

C’est celle d’un beau pétrolier, le « Niger », émule de « l’Emile Miguet », torpillé au début de la guerre.

Il est aussitôt assailli par les vrombissements d’avions en piqué.

Deux fortes explosions sont ressenties dans les tanks 1 et 2 ; la dunette flambe au centre et à babord.

Impassible, le commandant Huet dégage le chenal, lance son navire sur la gauche, l’immobilise en travers du vent, dans la position la plus défavorable à l’extension de l’incendie.

Alors il ordonne l’évacuation.

Lui reste seul sur la passerelle, au milieu des flammes, et ne quitte le bord qu’après avoir fait brûler ses documents secrets.

 

Hécatombe

 

A minuit 35, « l’Adroit » est atteint de quatre bombes dans les chaufferies.

L’une d’elles a traversé tout le torpilleur, verticalement ; elle n’a explosé que sous la quille et soulevé le navire, déchiré par une énorme brèche.

Le capitaine de corvette Dupin de Saint-Cyr commande : tout le monde à l’eau, et ne débarque que deux heures plus tard, quand d’énormes explosions achèvent le glorieux torpilleur, trois fois cité à l’ordre de l’armée navale.

 

Le même sort atteint « l’Orage », le « Chacal », le « Jaguar », qui avaient appareillé de Cherbourg pour Dunkerque, après avoir embarqué vingt tonnes de tolite.

On aperçoit de la passerelle de ce dernier Boulogne en feu.

Le beau navire succombe bientôt sous les coups des junkers.

 

La mort de « l’Orage » est un exemple bien caractéristique de cette lutte inégale, entre les torpilleurs, mal défendus par une faible D.C.A. et des avions presque innombrables envolés de la cote.

Frais émoulu des convois du Maroc et de la mer d’Irlande, « l’Orage » navigue, le 23 mai, vers 18 heures, le dernier de la ligne, le cap sur Boulogne, quand une trentaine d’appareils piquent sur lui et lâchent leurs bombes.

Le bâtiment en reçoit quatre, sur la passerelle et aux environs.

Une cinquième ouvre une voie d’eau le long du bord.

Partout, des blessés, des morts.

Les superstructures sont déchiquetées, les transmissions coupées ; des incendies éclatent près des grenades ; les soutes à mazout prennent feu ; les munitions, déposées sur le pont, explosent, criblent de leurs éclats tout ce qui est à découvert.

Personne ne cherche abri.

Les armements des pièces, décimés, tirent avec furie, dans le ciel,

Les cadavres jonchent le pont.

Chassés par le feu, des hommes refluent vers l’avant ; de grands blessés sont rassemblés sur la plage arrière.

Brasier à la dérive, « l’Orage » va sauter.

Aucune embarcation ne peut être mise à la mer.

Quelque survivants s’échappent sur un radeau ; un petit chasseur, le « 42 », réussità accoster et à sauver les autres.

Le commandant, Viennot de Vaublanc, ne quitte le bord que sur l’ordre formel du chef de flotte.

 

Embarquement de l’armée du Nord

 

Le 23 mai, la côte toute entière, jusqu’à Calais, parait en flammes, ponctuées de torches flambantes, les cargos « Niger », « Pavon », « Portieux »,et, au milieu du brasier, d’épaisses volutes de fumée noire : c’est Dunkerque.

Les douze unités de la deuxième flottille de torpilleurs se sont engagées contre terre, avant de se sacrifier pour sauver les divisions de rescapés de l’armée.

Sans arrêt, les torpilleurs ont tiré sur des groupes de tanks, des convois, des batteries de point d’appui.

Le 29, commencent pour la flottille les opérations d’embarquement de l’armée du Nord.

Les Anglais se replient les premiers, avec hâte et sans trop d’ordre.

Les Français restent calmes, disciplinés, sur les dunes et les quais, sous le déluge de bombes.

Le « Cyclone », le « Siroco », le « Mistral » accostent dans le port.

Le dernier est touché, son commandant, le capitaine de corvette Lavène, mortellement blessé,.

De Dunkerque à Douvres, le « Cyclone », bâtiment du chef de la flottille, le capitaine de vaisseau Urvoy de Portzamparc, essuie de nombreuses attaques de bombardiers ennemis.

Dans la nuit du 30 mai, il est atteint d’une torpille et peut pourtant encore se trainer, à quatre nœuds, jusquà Douvres.

Le 1er juin au matin , le dernier torpilleur valide de la flottille, le « Foudroyant », défile, les marins figés au garde à vous, devant le « Cyclone » mutilé.

Quelques heures plus tard, il est lui-même frappé à mort.

Avait également succombé le « Siroco » », la plus populaire des unités de la flottille, célèbre par le grenadage de trois sous-marins.

 

A terre, l’épopée de Dunkerque n’avait pas été moins sublime.

Avec les marins sauvés de son « Adroit », le commandant avait résisté jusqu’au bout dans le fort Mardyck.

 

A la hauteur du cap  de gris-Nez, la route de Boulogne à Calais passe au pied du moulin d’Audinghen.

Le poste qui le défendait était confié à Ducuing, le capitaine de corvette de réserve, qui avait aussitôt établi un barrage au croisement de la route côtière et celle de Gris-Nez.

Dans la journée du 23, il avait disposé son faible effectif dans les prairies qui descendent vers les falaises du Pas-de Calais, braqué ses mitrailleuses et son canon anti-chars contre les blindés.

Attaqué par dix tanks, refoulé sur la falaise, Ducuing est tué d’une balle à la tête, face à l’ennemi.

Le 27 mai, trois cents avions pilonnent le port et la ville.

Les maisons s’écroulent dans les flammes, les cadavres jonchent le sol.

Des musoirs des jetées, on aperçoit la statue de Jean Bart, toujours debout, symbole du vieux port héroïque…

 

 

 

MEDITERRANEE

 

Grandesguerres 1Grandesguerres 1 (1.72 Mo)

 

Commentaires (1)

francois
Y a pas à dire les Allemands avait un énorme potentiel militaire avec des hommes de terrains surentrainés dans leurs montagnes Autrichienne.Mais on s'est battu magistralement.
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